NO IMPACT

08 février 2007

Réflexion sur le passage à l'acte

Le mot "mur" pourrait bien devenir le symbole de notre échec ou de notre réussite face à un certain nombre de problèmes écologiques majeurs. Pourquoi ? Etudions les deux expressions suivantes :

Aller droit dans le mur

Jusqu'à présent, l'obstacle se situait bien loin du citoyen respectable vaquant à ses ordinaires occupations. Son signalement était diffusé juste assez régulièrement pour qu'il s'intègre déjà au paysage ; notre vitesse d’approche faisait l’objet d’estimations fort complexes dont les divergences pouvaient laisser au profane le soin de l'oublier ; les conséquences très étudiées d’un éventuel impact fournissaient souvent la matière première à de divertissantes productions cinématographiques.

Nous étions à l'époque des conseils salubres, toujours bienvenus mais peu suivis. Nous nous persuadions que la puissance de notre savoir et de nos mots suffirait à nous tirer d’affaire au moment voulu, et ceux qui osaient en douter passaient au mieux pour de doux attardés incapables de comprendre que tout était sous contrôle, au pire pour de pénibles mécréants indignes de participer à la grande épopée humaine.

C’était une erreur stratégique, et nous commençons à peine à l’entrevoir.

L'obstacle semble aujourd'hui terriblement proche, et la rencontre aura probablement lieu. Comment atténuer le choc, par quels moyens pourrons-nous modifier franchement vitesse et trajectoire ?

Etre au pied du mur

Voici donc venu le temps - beaucoup plus exigeant - du passage à l'acte.

Beaucoup refusent encore d'accepter l'idée de changements d'habitudes un tantinet radicaux, en vue de parer à ces dangers paradoxalement nés d’une certaine forme de réussite dans le développement de nos civilisations dites modernes. Si quelques actions sont néanmoins consenties, elles s’avèrent souvent plus efficientes dans leur dimension symbolique (laquelle peut, il est vrai, avoir son importance).

D'autres au contraire, convaincus qu'il est sans doute bien trop tard pour changer de paradigme, s'en remettent à de géniales - mais hypothétiques - révolutions techniques.


Pourquoi cette réticence, au fond ? Il se révèle, en enquêtant un peu, que tout un chacun sait justifier les bonnes raisons d’observer un statu quo : survie, famille, patrie, idéologie… lesquelles raisons, pour respectables qu’elles puissent être, s’appuient toutes sur des considérations locales ou personnelles, et pour tout dire souvent égoïstes. Il est vrai que notre monde nous apprend à penser et à vivre ainsi.

Malgré tout, nombreux sont ceux qui aimeraient poser un geste.

En consommant différemment par exemple. Bonne idée ! Cependant méfiance, le "marché" s'est empressé de répondre à cette demande en faisant croire que l'on pouvait aujourd'hui "rouler propre" en voiture, voyager "écolo" en avion, bref, vivre comme avant, tout en préservant la planète, ce qui en l'état actuel des connaissances relève de la supercherie.…

En travaillant pour la nature alors ? J'ai pour ma part longtemps eu la faiblesse de penser, par exemple, que mes nombreux déplacements routiers professionnels, consacrés il y quelques années à mon activité d'éducateur en environnement, étaient réalisés"pour la bonne cause". Il n’en était rien. Je contribuais innocemment à ce que l’enfer soit pavé de bonnes intentions.

Dès lors, il apparaît aujourd'hui que pour les "simples citoyens" comme moi, toute action véritablement cohérente dépend non seulement de son objectif - ici la préservation de l'environnement - mais encore de son modus operandi.

Pour les personnalités (artistes, politiques, médecins, scientifiques…), dont l'aura, les connaissances et le talent sont tels que le prix de leur petite incohérence est insignifiant au regard des richesses qu'ils apportent au monde, le problème se pose probablement en des termes différents.

Fort de cette opinion, j’ai décidé, au pied du mur il y a un 18 mois, de relever le défi de la cohérence dans mon activité professionnelle, dont la pratique me semblait au départ vraiment difficile à faire évoluer. Actuellement photographe de paysage, et pour éviter de tenir les habituels discours extatiques sur la magnificence des espaces sauvages tout en parcourant ceux-ci à raison de 120gr de CO2 minimum par km - je dis bien minimum, nombre de mes confrères roulent en 4x4 ou en monospace - j’ai décidé de changer mon savoir faire, en choisissant le déplacement à énergie musculaire et les transports en commun, en me rendant sur des sites qui ne figurent pas a priori parmi les plus spectaculaires du monde, mais qui depuis chez moi ne nécessitent ni le recours à l'avion, ni celui à l'automobile.

Mon travail s'inscrit donc dans une démarche privilégiant, forcément, la qualité plutôt que la quantité, la réflexion plutôt que la production. Désormais chaque jour, je m'interroge selon les termes d'un auteur récemment publié : "la vie vaut-elle d’être efficace ou d’être vécue ?", et j'essaye d'assumer, entre bonheur et désillusion, les multiples conséquences de la réponse.

Posté par Samuel GERARD à 13:58 - Commentaires [3] - Permalien [#]